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la crevette à moustache

MYANMAR - Pakkoku/Bagan/Hpa-An/Yangon

MYANMAR - Pakkoku/Bagan/Hpa-An/Yangon

Après notre tentative d'exploration de contrées inconnues, il nous restait deux semaines pour découvrir le reste du pays. Mission impossible qui nous a donc imposé de faire des choix. Un trajet en discothèque mobile, et nous laissons Jérémy et Rosy s'en aller vers le lac Inle alors que nous prenons la direction de Bagan. Pas tout à fait disposés à passer de Namkham-l'inexplorée à Bagan-l'attraction-birmane-n°1, nous faisons un stop à Pakkoku, une petite ville où il n'y a absolument rien à faire, hormis manger un curry dans un resto où le patron s'extasie complètement sur les tatouages de Greg, sur ma capacité à dire "c'est bon" ou "un peu plus" en birman et sur le fait qu'on soit en "honeymoon"; aller observer une fabrique de cigarettes artisanales (2000 par jour, roulées à la main par ouvrière); et se trimballer dans les petites rues avec nos Longiy achetés plus tôt durant le voyage. Ainsi vêtus nous sommes les rois du monde dans cette petite bourgade où peu de touristes font escale: tout le monde nous montre du doigt en riant ou se précipite sur nous pour nous lancer des "good good, traditional myanmar, beautiful beautiful". On provoque aussi involontairement l'hilarité générale quand, lorsqu'on propose de nous emmener à la fabrique de cigarettes en mobylette, je monte à califourchon alors que Greg s'installe en amazone, soit exactement l'inverse de ce qu'une femme et un homme birman en Longyi sont censés faire! Pakkoku sera aussi le lieu de deux belles rencontres: Aurore & Pilou, deux Français qui voyagent à vélo avant de rentrer monter un projet d'accueil social à la ferme dans leur petit bled charentais, et un trio de sexagénaires françaises, vieilles routardes devant l'éternel, qui pestent parce que leur chambre pue la pisse de chat, nous racontent leur anciennes aventures ("l'Afghanistan? J'y étais en soixante-dix-neuf...") et leur goût pour les alcools locaux. Une sacrée triplette, illustration vivante de l'adage qui veut que les voyages, ça conserve! Pakkoku, enfin, sera le cadre d'un vrai drame: dans un bug qui ressemble méchamment à de l'obsolescence programmée, notre appareil photo rend l'âme!

Nous arrivons donc à Bagan, ancien royaume fantastique, joyau de la Birmanie, sans appareil. J'ai l'impression qu'on m'a coupé un bras, Greg me suggère de prendre des photos "dans ma tête". Hum. Il y a bien l'iPad mini, qui comme tout équipement récent qui se respecte, est logiquement capable de prendre des images de qualité. Dilemne: finir notre séjour au Myanmar sans prendre de clichés, ou passer pour une insupportable touriste japonaise. Si vous me connaissez un brin vous comprendrez que le choix fut cornélien! Le résultat, vous pourrez le voir dans l'album ci-dessous: quelques photos, pas magnifiques (essayez de cadrer convenablement avec ce genre de bazar) mais finalement pas si horribles, prises le rouge aux joues et uniquement dans les endroits touristiques où j'étais un (petit peu) moins gênée d'exhiber l'engin, qu'on n'avait du reste pas du tout envie de trimballer non stop avec nous. Le reste... comme dit mon mari, ce seront des souvenirs juste pour nous. Désolée ;)

Bref, Bagan, cette énorme plaine à perte de vue, avec ses 4000 temples essaimés ici et là, sa lumière magique, ses petits sentiers perdus, était réellement enchanteur. Pour parcourir ses routes sablonneuses, la plupart des visiteurs louent des petites mobylettes électriques, mais en bons Belges-munis-d'un-diplôme-en-cyclisme-sur-sable-obtenu-sur-les-chemins-du-Zwin, nous préférons de bons vieux vélos hollandais, décidément compagnons de bien des découvertes durant ces cinq mois de voyage. Nous jouons au foot avec des enfants à l'arrière d'un petit temple (entre parenthèses on leur a mis 3-1, présage pour la coupe du monde? Seconde parenthèse: désormais quand tu voyages et que tu dis que tu viens de Belgique, on ne te répond pas (seulement) "oh Belgium, good beer!". Maintenant les gens, et ce dans tous les pays qu'on a visités, s'exclament "oh Belgium, Eden Hazard, Fellaini, Lukaku!", présage pour le coupe du monde bis? ;)), on pédale, on admire, on explore et on réajuste une fois de plus notre itinéraire. Nous prévoyions en effet d'aller dans un coin du pays un peu reculé à l'Est, mais rien n'est fait pour nous faciliter la tâche. Extrait de tentative d'obtention de renseignement: - La route est-elle ouverte? - Ça dépend. - Ça dépend de quoi? - Ça dépend. Parfois oui, parfois non. Et après vous devez prendre un bateau. C'est le lundi et le jeudi. Mais parfois ça change." Bon. Plus par crainte de perdre trop de temps que par peur de la difficulté, nous décidons donc de mettre le cap sur le Sud (on vous montrera notre chemin sur une carte du pays, honnêtement c'est difficile d'être moins efficace, mais c'est aussi ce qui a fait le charme de notree épopée birmane).

Nous enchaînons donc deux longs trajets de bus, où il nous est encore une fois donné à voir la crème de la crème de la culture audiovisuelle du Myanmar: séries à manger du foin pires que des sitcoms AB Productions, chansons d'amour gnan-gan avec clips à l'avenant, stand up comedy lamentables, le tout avec un volume sonore à réveiller les morts. Un régal. A ce moment du voyage, je commence très sérieusement à en avoir ma claque du BRUIT. Marre des karaokés dans les bus, marre de leurs moteurs trafiqués qui pétaradent, marre des dégoûtants raclements de gorge et reniflements. Tant qu'on y est je fais aussi ma petite oversose de saleté, de poussière, de montagnes de déchets qui jonchent les rues et les paysages, de crachats de tabac à chiquer. Et puis aussi de ces centaines de stupas branlantes et écaillées et des toits de pagodes en tôle et en plastique. En résumé, il est temps de faire une pause, dans ce pays si contrasté que nous parcourons au pas de course.

Après deux jours de repos dans la ville de Molmein, nous nous dirigeons vers Hpa-An, qui sera une des très bonnes surprises du séjour. D'abord, dans le bateau qui y mène, nous faisons la connaissance de deux couples de compatriotes fort sympathiques, qui se sont eux-mêmes rencontrés quelque jours auparavant (hasard ou message subliminal destinés aux Belges dans la description de cette ville du Lonely Planet? Toujours est-il qu'ils n'avaient sûrement jamais vu autant d'habitants du plat pays en même temps à Hpa-An). Ensuite, la région est vraiment très belle, beaucoup plus verte que dans le reste du pays en cette saison. Nous la découvrons grâce à notre second moyen de transport de prédilection, j'ai nommé le scooter! Il nous sera cependant de peu d'utilité pour notre première escapade: pour atteindre le monastère perché tout en haut d'une montagne que nous voulons visiter, il n'y a pas de route, mais une succession de milliers (et ce n'est pas une hyperbole) de marches. Comme à l'accoutumée nous entreprenons évidemment notre effort aux heures les plus chaudes de la journée. En haut, après une heure trente d'ascension, la récompense: des vues splendides, un bon repas et une intéressante discussion sur la politique intérieure avec un des moines. En bas, la cuisse qui tremblotte et le mollet qui palpite, nous réenfourchons quand même notre fidèle mob en nous félicitant de notre choix (devoir enchaîner par du vélo après cet entraînement de maître shaolin, et on était bons pour le claquage.) Vu la douleur persistante de nos pauvres muscles trentenaires les jours suivants, c'est toujours mopettisés qu'on se perd dans les petits villages et les routes de montagne, éblouis par le sourire des habitants et le vert éclatant des rizières. Hpa-An ce fut aussi "le temple du curry", selon Guillaume, l'un des copains belges, de bonnes papotes sur la terrasse de la guesthouse, une vieille dame aux mains baladeuses, et une ultime bière avec Jérémy & Rosy, qui nous ont rejoint pour un soir à Hpa-An avant que nos chemins ne se séparent pour de bon.

Après quelques pérégrinations et un trajet en train un peu folklorique (moins confortable que le bus pour les fesses, mais tellement plus doux pour les oreilles), nous revoici à Yangon pour nos derniers jours. Nous avons pris le temps de mieux découvrir cette ville coloniale qui était jusqu'il y a peu la capitale du pays, en goûtant à la street food et en visitant la Shwedagon Paya, la pagode la plus ancienne, la plus grande, la plus dorée et la plus sacrée (elle renfermerait des cheveux du Bouddha, oui madame!) du Myanmar. Dans la véranda de notre petite guesthouse, nous partageons impressions et bons plans avec d'autres voyageurs qui viennent de débarquer dans ce pays bigarré qui nous a tant marqués.
Car c'est une terre de contrastes, de contradictions, de diversité que nous nous apprêtons à quitter (déjà le pays a deux noms - voir ici pour plus de détails http://www.courrierinternational.com/article/2012/03/28/birmanie-ou-myanmar )

Au Myanmar, le gouvernement est paranoïaque et veut à tout prix protéger la souveraineté nationale, mais n'hésite pas à vendre sa terre aux Chinois.

En Birmanie, on te propose toujours des bus de nuit pour ne pas perdre du temps dans les voyages, mais on t'empêche de dormir en t'imposant la télé à fond de calle tout le trajet.

Au Myanmar, tu payes une fortune pour une chambre pourrie mais tu te fais un festin de délicieux currys pour 1$.

En Birmanie, les moines prêchent la Voie du Milieu du Bouddha mais certains sont de vraies rock stars.

Au Myanmar, on roule à gauche mais les véhicules n'ont pas le volant à droite.

Etc.

Etc.

Et puis, en Birmanie, les gens ont les dents gâtées et rougies par le tabac à chiquer, mais te décochent toujours un sourire. Et quel sourire! C'est ce que nous emportons avec nous.

Cel

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P
Coucou vous deux,
M-J et moi venons de relire votre périple depuis votre article du 25 décembre commençant par une belle photo : votre "Joyeux Noël" depuis une jolie plage.
On est toujours aussi épatés et intéressés de vos infos insolites, humaines et politiques.
Continuez de profiter de tous les instants de votre magnifique voyage !!
Bons derniers jours au Myanmar.
Bisous
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P
Coucou vous deux,

M-J
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C
Profitez de vos dernières semaines !!!! Bisous les amoureux!
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