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la crevette à moustache

MYANMAR - Voyage en pays Shan

15 jours au Myanmar... Riche de ressources mais avec une population parmi les plus pauvres au monde, multiculturel mais brimant ses minorités, regorgeant de beaux paysages mais négligeant totalement la gestion des déchets (comme la plupart des régions que nous avons traversées), le Myanamar est un pays complexe qui ne cesse de nous étonner.

En arrivant à Yangon, c'est un autre monde qui s'ouvre à nous: bordé par l'Inde, le Bangladesh, la Chine et la Thailande, c'est une passerelle entre l'Asie du Sud-Est et le reste du continent, un lieu où les influences se mêlent et où une jonction s'opère, en apparence du moins.

Les femmes se poudrent les joues d'écorce jaune de Tanaka, les hommes chiquent du betel, tous portent le Longiy (longue jupe) traditionnel. L'écrasante lumière du soleil fait briller l'or des pagodes, les parasols multicolores fleurissent dans les rues, sous lesquels abondent les petites échoppes de nourriture indienne, chinoise ou birmane. En déambulant entre les bâtiments coloniaux décrépis et le flux des voitures, nous sommes surtout surpris par le nombre de sourires, de clins d'oeil et de gestes amicaux qui s'épanouissent sur notre passage. Le temps d'atterrir et nous voici en possession de notre ticket de bus pour Kalaw, plus au Nord, dans l'Etat Shan.

Arrivés au beau milieu de la nuit dans les montagnes Shan, nous sommes assaillis par un froid que nous avions presque oublié depuis 4 mois que nous parcourons la moite Asie du Sud-Est. Nous trouvons refuge dans une petite chambre glacée, où, complètement transie, je me maudis d'avoir renvoyé mon bon gros polar en Belgique. Au réveil, le soleil brille, et seuls les cônes dorés des stupas qui ponctuent le paysage nous rappellent que nous sommes bien au Myanmar et non en Suisse.

Kalaw sera le point de départ de trois jours de trek dans la campagne Shan, jusqu'au lac Inle, un des principaux points touristiques de la région.

Accompagnés de Lin, notre jeune guide birman de 24 ans, nous partons à l'assaut des sentiers de montagnes, bien décidés à en apprendre plus sur la culture, dans tous les sens du termes, de ce pays qui nous intrigue tant. Nous bombardons Lin de questions sur les traditions locales, l'ouverture au tourisme, la politique. Sur ce dernier point, plutôt délicat, il est difficile d'avoir une réelle conversation. D'abord un peu déçus de ne pas avoir hérité d'un guide un peu plus loquace et doté d'une conscience politique plus construite, on trouve finalement ça très intéressant de pouvoir observer le cadre de vie et le mode de pensée d'un jeune issu d'une ethnie minoritaire, qui voit l'arrivée du tourisme comme une bénédiction lui ouvrant d'autres perspectives que le travail dans les champs d'orangers familiaux, qui nous montre des photos de sa petite amie sur son téléphone, et pour qui l'arrivée d'Internet signifie avant tout la possibilité d'écouter de la musique via YouTube.

On le suit sur des petits chemins de traverse en observant le travail des champs et l'impressionnante diversité des cultures. Comme dans un voyage hors du temps, nous croisons des paysans qui cultivent encore tout à la main, ou au moyen de charrues tirés par de gros buffles d'eau. Mais si la précarité ne leur autorise pas le recours à des outils modernes, la richesse de leur sol permet en revanche aux Shan de vivre en quasi auto-suffisance alimentaire. Cochons, chèvres, poules et buffles paissent parmi les champs d'orangers, d'avocats, de choux-fleur, d'ail, de tomates, de patates et surtout de piments. Le paysage est presque méditérranéen, ne seraient-ce les bananiers qui côtoient les pins et les nombreuses et ingénieuses rizières en terrasse.

Lors de ce petit périple rural nous aurons surtout l'occasion de dormir chez l'habitant, ce qui nous a permis d'observer de plus près le mode de vie local. Petite déception, nous ne mangeons pas avec les familles qui nous accueillent. On comprend alors que les organisateurs de ce genre de trekking ont envie de choyer les touristes, ce qui nous vaut d'énormes repas préparés spécialement pour nous par un cuisiner qui nous précède avec les provisions. Même si nos plats sont délicieux, on est plutôt gênés vis-à-vis des locaux qui doivent eux se contenter de l'ordinaire. D'un autre côté on peut comprendre qu'ils n'aient pas spécialement envie de partager chaque jour leur table avec des occidentaux en quête d'authenticité qui leur posent tous les mêmes questions en sabir anglo-birman. On trouvera quand même notre dose de rustique en dormant, enfouis sous un tas de couvertures, dans la même pièce que les grands-parents de la famille qui nous héberge et en se lavant au puits de la maison, devant lequel des groupes d'enfants bouche bée observent ce drôle de gars blanc, barbu et au corps parsemé d'étranges dessins.

J'essaye le Tanaka, la poudre que les Birmanes s'appliquent sur le visage par tradition mais aussi pour hydrater leur peau et la protéger du soleil. Belle expérience qui provoque rires étonnés et regards approbateurs sur mon passage. Par contre, la jeune fille qui me l'a conscienscieusement préparé et étalé ayant omis le nez, je me retrouve avec un coup de soleil et la peau qui pèle. Il faut dire que les différences de température sont abyssales: de 4 à 5 degrés la nuit on passe à plus de 30 pendant la journée.

On arrive donc au lac Inle le troisième jour avec un sac de piments tout juste cultivés, et une progression linguistique considérable, puisque Lin nous a appris à compter en birman!

Au lac, nous nous trouvons pour la première fois confrontés à l'expansion galopante du tourisme: non seulement le prix d'entrée a doublé depuis octobre, mais de gros hôtels de luxe bordent les rives. Bien que construits avec un certain goût, en préférant les bungalows en teck au style "bloc de béton", leur charme nous laisse pourtant de marbre lorsque nous apprenons que leur installation a provoqué des expropriations massives, sans indemnisation ou presque, de la population des abords du lac. Population dont les villages flottants subsistants sont justement ce qu'on montre aux voyageurs lors de la traversée en bateau, flanqués de l'étiquette "traditionnel" qui fait tant recette auprès des touristes.

Voici un exemple parmi beaucoup d'autres qui alimentent depuis que nous sommes partis, mais sans doute encore plus ici au Myanmar, où le développement touristique a littéralement lieu sous nos yeux, nos questionnements sur le tourisme et ses impacts, positifs ou négatifs.

Bien que toujours réellement convaincus des bienfaits du voyage, nous sommes parfois terrifiés de participer à un dévelopement qui manque souvent de vision à long terme et n'est pas toujours bénéfique pour les peuples des pays traversés. Car lorsque la politique d'un état est de garder les voyageurs dans un circuit bien balisé, il n'est pas toujours évident de pouvoir en sortir, comme vous le verrez dans la suite de nos aventures.

Bref, fidèles à nos habitudes, nous décidons d'explorer les abords du lac Inle par nos propres moyens, c'est-à-dire en vélo. Notre bonne étoile, ou plutôt la lune, puisque c'est elle qu'on y célèbre, nous conduisent tout droit à un festival dans un monastère bouddhiste. Au pied des statues du Bouddhah abondent fruits et pâtisseries, alléchantes offrandes d'une population qui s'est mis sur son trente-et-un pour l'occasion: bijoux, Longiy brodés, t-shirts à paillettes et barettes argentées dans les cheveux. Nous sommes invités à partager le thé et des gâteaux par une famille avec qui, grâce à notre petit dictionnaire et nos meilleurs mimes, on parvient à nouer un dialogue. A l'extérieur du temple, la fête bat son plein: sur un podium en plein air, se tient une sorte d'élection de "miss Maman" où les femmes du village se succèdent pour danser, chanter et faire de petits sketches. L'atmosphère n'est que musique, poussière, odeurs de nourriture et couleurs. Nous aurons donc la chance d'être les spectateurs privilégiés du point d'orgue de la journée: la cérémonie d'offrande aux moines. Après la bénédiction, ce sont plus de 500 robes bordeaux qui défilent autour du monastère pour récolter dans leur bol le riz, les gâteaux et l'argent offerts par les villageois. Nous achevons cette belle journée par une pause aux bains publics de sources d'eau chaude, où Greg se retrouve avec des jeunes peu accoutumés à ce genre de température, pour qui plonger ses mains ou ses pieds relève de l'exploit, et qui le prennent pour un fou en le voyant s'immerger complètement dans ce qui pour nous n'est finalement qu'un bon bain chaud. Quand à moi je partage le bain réservé aux femmes avec deux jeunes filles plus courageuses qui se lavent les cheveux et font un brin de lessive.

Après le lac Inle, nous réenchaînons par une nuit de bus pour gagner Hsipaw, encore un peu plus au Nord. Nous y attendent belles petites balades et bons petits plats, une grande randonnée avec Jérémy & Rosy qui sont à leur tour arrivés au Myanmar, et surtout une belle rencontre avec Fern, une petite dame issue de la noblesse Shan, qui me fait promettre de lui envoyer des photos de Philippe et Mathilde, mais sera surtout déterminante dans la suite de notre voyage, comme vous pourrez le lire dans le prochain article!

Cel

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A
coucou,
J'espère que tout va bien et je suis curieuse de connaître la suite.
Bisous
anne

Je suis toujours heureuse d'avoir de vos nouvelles et vos articles et photos sont superbes.
gros bisous
mamy
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