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la crevette à moustache

VIETNAM - Hanoï etc

VIETNAM - Hanoï etc

Après le delta, vu que le centre du pays subit régulièrement des inondations en novembre, nous délaissons à regret Hoi An et Hué, l'ancienne cité impériale, pour filer tout droit vers Hanoï... où nous apprenons (via le site de la BBC, les locaux s'étant bien gardés de nous prévenir) qu'un typhon menace la région que nous avons décidé d'éviter!

On débarque un peu sur les genoux, puisque c'est le moment que nos pauvres organismes choisissent pour se laisser gagner par une sorte de vieille grippe intestinale, mais heureux d'arriver dans une capitale. D'autant qu'on y retrouve pour une après-midi notre ami Sylvestre, de passage express à Hanoï, avec qui nous partageons impressions sur le Vietnam et Immodium et faisons le plein de nouvelles belges et de petits ragots du pays!

Hanoï est agréable, assez moderne, et nous pouvons l'appréhender plus à la manière d'une ville européenne. Et c'est très chouette de pouvoir revivre pendant quelques jours une vie semblable à celle que nous pouvons mener à Bruxelles: sorties culturelles, shopping dans des petites boutiques (presque) hype et bons petits restos! On craque par exemple pour un vrai bon italien avec vraie pizza, vrai bon vin, vrai expresso, vraie grappa: le bonheur après deux semaines de nourriture du cru, dont une soupe de langue (oui oui de langue!) probablement pas étrangère aux désordres intestinaux susmentionnés.

Le vieux quartier d'Hanoï est un vrai labyrinthe de petites ruelles ("les 36 rues") abritant chacune des échoppes spécialisées dans un produit. Il y a la rue des plantes médicinales, celle des chaussures, celle des clés, des poulets, etc etc.

On découvre aussi qu'au fin fond d'une impasse se niche une cinémathèque, véritable oasis de charme et de calme au milieu de l'agitation urbaine, où nous échouons le soir d'un festival de court-métrages (avec sous-titres en anglais!). Côté visites, le Temple de la Littérature est une autre jolie bouffée d'air avec ses bâtiments aux noms plutôt inspirants tels que "Porte de la Grande Synthèse" ou "Magnificence des Lettres" (spéciale dédicace aux romanistes).

L'autre côté de la ville, où se trouvent notamment le Mausolée d'Ho Chi Minh (vide au moment où nous le longeons, puisque le corps du vieux barbu subit son relifting annuel en Russie) et le monument de Lénine, a un aspect plus officiel, plus strict dans son architecture, mais est néanmoins moins agité que Saigon (entendez: il y a un peu moins de mobylettes).

On finit notre séjour dans la capitale par une représentation de Water Puppetry, l'art traditionnel vietnamien. Malgré le public insupportable, composé de touristes, en majorité français, qui n'hésitent pas à faire des photos au flash durant tout le spectacle, c'est très intéressant: la technique de manipulation des marionnettes dans l'eau est impressionnante et le charme désuet de cet art séculaire contribue à faire de la représentation un très joli moment. Ou c'est peut-être parce que ça nous rappelle les spectacles de Meli Park (copyright Sylvestre ;))

Un peu requinqués par cette incursion citadine, nous n'en sommes pas moins énervés par la rétention d'information que continuent de pratiquer les copains vietnamiens. Car si à Hanoï on trouve plus de personnes qui s'expriment en anglais, il n'est pas pour autant plus simple d'obtenir des données précises et d'échapper au Grand Programme Touristique Etatique (le Parti doit avoir promulgué quelque chose dans le genre, c'est la seule explication possible).

Déjà, nulle part au Vietnam il n'existe d'office du tourisme officiel. Vous voyez, ce genre d'endroit où on peut normalement obtenir un plan de la ville, les horaires de bus, de train, n'importe quoi d'utile ou d'inutile. Tout ce qui y ressemble de près ou de loin ne sont en fait que des agences de voyage privées déguisées en centre d'info.

Pour vous décrire l'absurdité du système, un exemple simple: à Hanoi, d'après toutes ces agences de voyage, les réceptionnistes de notre hôtel (qui fait bien sûr AUSSI agence), toutes les personnes susceptibles de nous renseigner (les quidams ça ne sert à rien de demander: ils secouent invariablement la tête pour toute réponse, genre "je ne comprends pas ce que vous me voulez, et de toute façon je ne sais pas"); d'après tous ces gens donc, il n'existe pas de transports publics en ville. Pourtant en se trimballant on en voit des bus, on en voit des tas, qui sillonnent Hanoï dans toute les directions. Il y a même aux arrêts des plans assez bien foutus et un système d'horaire en temps réel, pas mal non pour un réseau public fantôme? Bref, un jeu d'enfant pour n'importe quel voyageur un tantinet débrouillard (d'autant plus s'il est habitué à jongler avec les itinéraires de la STIB ;)). Mais bien sûr le touriste qui emprunte ce moyen de transport ne déboursera que l'équivalent de 20 cents, alors que s'il avait gentiment écouté la dame de son hôtel-tour operator, il aurait craché 5$ pour un minibus privé.

Tout ça pour vous dire que bien que ça ait l'air absolument magnifique, nous avons renoncé à visiter la Baie d'Along, qui fait pourtant la fierté du pays, ainsi que la ville de Sapa, ses rizières en terrasse et ses marchés "ethniques". Nous n'avions ni le budget ni l'envie d'embarquer à bord d'un tour organisé. Et nous n'avions plus la force d'y aller par nous-même en mettant trois fois plus de temps et en guettant l'arnaque à chaque coin de rue.

Notre dernière étape vietnamienne, Ninh Binh, nous aura quand même permis de faire un très joli tour en barque (et hop, un moyen de locomotion de plus à notre actif) à Tran An, aussi appelé "Baie d'Along terrestre". Trois heures de traversée au milieu des montagnes en pains de sucre et des fleurs de lotus, à travers des grottes et des paysages plein de sérénité. Le reste des environs vaut moins le détour, même si l'énorme complexe bouddhiste flambant neuf de Bai Dinh impressionne, avec ses temples à perte de vue et son Buddah géant.

Une panne d'essence de notre mobylette plus tard, nous voici de retour à l'hôtel, où nous nous rendons compte en consultant notre Lonely Planet que nous ne sommes qu'à une heure de Thanh Hoa, ville sans intérêt aucun sinon de pouvoir prendre un bus pour traverser la frontière! On vous passe les détails des complications pour atteindre le Laos, on vous dit juste que l'arnaque aura été au détour du chemin jusqu'à la dernière minute au Vietnam, mais que Greg-et-Céline-les-teignes n'ont pas lâché le morceau! Non mais...

C'est donc moins réellement déçus que frustrés et interpellés que nous avons quitté le pays d'Ho Chi Minh. Frustrés parce que le Vietnam regorge de paysages splendides, de personnes accueillantes, d'enfants souriants mais qu'il faut se battre bec et ongles pour y avoir accès. Interpellés parce que nous ne sommes pas habitués à ce concept d'image/honneur de la nation, qui selon nous doit expliquer cette gestion particulière du tourisme. Que craignent-ils exactement? Que des étrangers puissent voir des côtés du pays un peu moins jolis? Que les citoyens entrent en contact avec de méchants agents du monde capitaliste (un, c'est mal nous connaître, et deux, avec les difficultés de communication, on se voit mal se lancer dans de grandes conversations philosophico-économiques)?

Nous n'avons pas la réponse, mais c'est vrai qu'on oublie un peu trop vite, sauf quand on lit le journal officiel (le seul existant), qu'on est dans un état tenu par un parti unique, communiste mais avec une économie de marché, classé dans les pays les plus corrompus du monde. On oublie aussi que derrière l'exploit du réveil économique du Vietnam, il a fallu une discipline de fer pour mobiliser les forces de travail au renouveau de la nation. Et ce que ce communisme avec économie de marché semble vouloir dire, c'est "il y a moyen maintenant de se faire beaucoup d'argent rapidement, mais faut pas avoir peur de se salir les mains en vendant terres et ressources aux Chinois ou en arnaquant les touristes".

Ce voyage nous laisse avec bien d'autres questions sans réponses. Que vont devenir ces 56% de la population de moins de 30 ans, à qui on apprend le Chinois parce que ce sera plus pratique pour faire du business avec l'ogre voisin, mais qui ne rêve que d'un mode de vie à l'américaine? On leur parle d'Ho Chi Minh, père de la nation, omniprésent, comme une sorte de paravent pour masquer le fonctionnement réel de l'état. Mais Uncle Ho est mort avant leur naissance, quelques mois après Eisenhower et juste avant Luis Mariano, Bourvil Jimi Hendrix, Janis Joplin et le Général de Gaulle: c'est pour vous montrer que c'était il y a longtemps! D'après ce que nous avons pu voir, tout ce à quoi cette jeunesse aspire c'est porter des marques US, surfer sur son iPhone, et se liker sur Facebook.

Qui va gagner la guerre du rêve et de l'argent, les anciennes puissances du bloc soviétique, la Chine ou les Américains dont l'industrie vietnamienne s'applique à copier les produits pour inonder nos marchés de faux? Nous serons en tout cas curieux de voir comment tout cela va évoluer.

Voilà, vous l'avez compris, le Vietnam c'était bien sport, et comme on dit chez nous, après l'effort, le réconfort! C'est donc depuis le Laos, où nous sommes arrivés dimanche dernier et qui est définitivement bien plus relax, que nous clotûrons ce chapitre vietnamien.

A bientôt pour un post qu'on vous promet moins long et plus détendu!

Cel & Greg

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G
Nous attendons toujours de vos nouvelles avec impatience, et les recevons avec beaucoup de plaisir. Vous êtes tous les deux doués pour la narration.Nous avons été très inquiets quand on a entendu parler du typhon qui se dirigeait vers où vous étiez mais avons rapidement reçu des nouvelles rassurantes via ta Maman.
Profitez encore bien de votre voyage et gros bisous.
Papy et Mamy
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C
Je note pour le moyen de locomotion ! A quand le suivant ! Ces qqs lignes sont très, comment dire, 'percutantes' surtout quand on connaît le genre de backpackers relax que vous êtes ! Hâte de lire vos impressions sur le Laos. Je continue à vous suivre sur la carte ! Et je reviens sur ma question: a quand le petit poney ? Bisous les Abbass !
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L
Est-ce qu'un âne ça compte? ;)
C
Hé! Hello!
Contente d'avoir de vos nouvelles et encore une fois un chouette reportage, même si vous n'avez pas pu faire tout ce que vous vouliez...
C'est vrai qu'on n'imagine pas cette mentalité "étatique" en Belgique, je sens que Bart, Elio et Cie vont bientôt vous manquer!
J'ai reçu votre carte, très sympa.
ENORMES BISOUS, bon vent!
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